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L'interdiction des exportations de tomates fraîches décidée par le Burkina Faso le 16 mars 2026 provoque des répercussions en chaîne dans la sous-région.

Principal importateur, le Ghana se retrouve confronté à une rupture d'approvisionnement en pleine période de soudure, l'obligeant à revoir en profondeur sa stratégie agricole.

En réponse, le ministre ghanéen de l'Agriculture, Eric Opoku, a dévoilé un programme ambitieux visant à porter les superficies cultivées en tomates de 1 000 hectares en 2025 à 40 000 hectares dès 2026.

Cette stratégie repose sur un partenariat renforcé avec le secteur privé et sur une mobilisation inédite du système éducatif : plus de 400 lycées seront intégrés au dispositif de production, dans une logique de décentralisation et de montée en puissance rapide de l'offre nationale.

Le pays fait face à un déséquilibre chronique entre l'offre et la demande. La consommation annuelle est estimée à environ 800 000 tonnes, contre une production locale plafonnant à 420 000 tonnes en haute saison.

Jusqu'ici, le Burkina Faso comblait une part importante de ce déficit. La suspension des exportations intervient toutefois au moment le plus critique, entre décembre et mai, période durant laquelle la production locale est insuffisante.

Pour sécuriser l'approvisionnement, les autorités mettent également sur la transformation industrielle. L'entreprise Farm Mates a récemment mis en place un centre de distribution et de transformation à Accra, près de la rocade de Legon.

Cette unité produit une purée de tomates faiblement transformée, pouvant être conservée plus d'un an. Elle sera alimentée par une exploitation agricole de 80 hectares, dont l'entrée en production est imminente.

En parallèle, le programme « Nourrir le Ghana » encourage la production au niveau des établissements scolaires et des petits exploitants, afin d'alléger la pression sur les circuits commerciaux traditionnels.

L'objectif est clair : réduire drastiquement les importations de concentrés de tomates, actuellement supérieures à 100 millions de dollars par an, pour les ramener à 20 millions d'ici 2030.

Malgré ces ambitions, plusieurs contraintes subsistent. Près de 45 % de la production locale est perdue chaque année faute d'infrastructures de conservation adaptées, notamment en matière de chaîne du froid. À cela s'ajoute une forte saisonnalité qui limite la disponibilité du produit pendant la saison sèche.

Dans ce contexte, la crise actuelle agit comme un catalyseur, poussant le Ghana à accélérer sa transition vers une production agricole plus autonome, résiliente et intégrée.