Le Comité de Concertation État–Secteur Privé (CCESP) a réuni le 12 février 2026, les acteurs des Bâtiments et Travaux Publics (BTP) pour faire le point sur les difficultés persistantes du secteur et définir des mesures correctives. Malgré d’importants investissements publics près de 3 000 milliards FCFA mobilisés en cinq ans, le secteur reste confronté à des retards d’exécution, des chantiers inachevés, abandonnés et des insuffisances dans la qualité des études et du contrôle.
À l’issue des échanges, plusieurs recommandations structurantes ont été formulées notamment, faire réaliser par les autorités contractantes un état de lieu complet de tous les marchés en souffrance ; réaliser un audit pour les marchés abandonnés ; renforcer les mécanismes de sanctions ; mettre en place une commission mixte Etat – Secteur des BTP pour traiter les problèmes structurels du secteur des BTP (conflits d’intérêt, préférence nationale, offres sous évaluées, renforcement de capacité des deux parties etc..). Le ministre délégué chargé des Travaux publics, Sani Yaya, a plaidé pour une réforme approfondie des pratiques, notamment l’application du principe de « l’offre économiquement la plus avantageuse » plutôt que le moins-disant. Les discussions ont également ouvert la voie à la mise en place d’un mécanisme de suivi afin de garantir l’exécution des marchés publics dans les normes et les délais. De son côté, le ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Kodjo Adedze, a rappelé que les dysfonctionnements engagent des responsabilités partagées entre l’État et les entreprises. Il a souligné l’importance de livrer des ouvrages conformes à l’ambition d’une « République des résultats ». Le ministre de l’Économie et des Finances, Georges Barcola, a insisté sur la nécessité d’engagements fermes : « À l’issue des discussions, chaque partie devra prendre des engagements pour qu’à l’avenir, lorsqu’un marché public est attribué, nous soyons certains qu’il sera exécuté dans les normes ».
Des pratiques de blocage et de pression
Des opérateurs économiques du secteur des BTP ont donné leur avis et pointent du doigt des dysfonctionnements dans l’attribution et l’exécution des marchés publics. Ils évoquent des retards de paiement, des contraintes administratives répétées et un manque d’indépendance des missions de contrôle. Au Togo, plusieurs entreprises locales du bâtiment et des travaux publics (BTP) dénoncent des pratiques qu’elles jugent préjudiciables à leur compétitivité et à la bonne exécution des marchés publics. Au cœur des critiques : le rôle des missions de contrôle, les retards dans le traitement des décomptes et les lenteurs dans les procédures d’attribution. Selon des responsables d’entreprises, certaines missions de contrôle manqueraient d’indépendance dans l’exercice de leurs fonctions. Des plans techniques seraient soumis à de multiples corrections successives, parfois étalées dans le temps, ce qui ralentirait l’avancement des projets. Au lieu de regrouper l’ensemble des observations techniques en une seule notification, des corrections seraient formulées de manière progressive, prolongeant ainsi les délais d’exécution. Les entreprises estiment que ces pratiques alourdissent les charges financières et fragilisent leur trésorerie. Certaines dénoncent également un manque de prise en compte de leurs observations lors des réunions de chantier, leurs doléances restant, selon elles, sans suite concrète.
Délais d’attribution et soupçons de favoritisme
Au stade de l’attribution des marchés publics, des opérateurs évoquent des délais anormalement longs. Alors que la procédure pourrait, en principe, être bouclée en trois à quatre mois, certains dossiers s’étendraient sur plus d’un an, voire près de deux ans. Ces retards seraient, selon les entreprises concernées, liés à des préférences préétablies en faveur de certains soumissionnaires. Lorsque le candidat pressenti ne serait pas retenu, des pressions indirectes pourraient s’exercer sur les entreprises attributaires, notamment à travers des difficultés d’accès aux cautions bancaires d’avance de démarrage ou de bonne exécution.
Exécution des contrats et retards de paiement
Même après l’obtention du marché, les difficultés persisteraient sur le terrain. Les entreprises évoquent des lenteurs dans la validation des attachements et l’établissement des décomptes, pouvant aller de deux à cinq mois pour un seul dossier. Ces retards de paiement interviendraient parfois malgré la disponibilité des financements, y compris lorsque des partenaires techniques et financiers sont mobilisés. Certaines entreprises redoutent, en cas de blocage prolongé, une résiliation du contrat pour non-exécution des travaux, alors même que les obstacles administratifs seraient à l’origine des retards. Elles soulignent que ces résiliations entraînent des préjudices importants, tant pour l’État que pour les opérateurs économiques.
Le cas du projet RN1 Aléhéridè–Kpaza–Thambéri
Parmi les situations évoquées figure celle de l’entreprise dirigée par Togbui Lanklivi Adjikou 1er, dont le contrat serait en passe d’être retiré. Son entreprise de BTP rencontre, selon des sources proches du dossier, des difficultés notables dans l’exécution du projet routier RN1 Aléhéridè–Kpaza–Thambéri.
Les problèmes soulevés portent notamment sur le non-paiement de décomptes, malgré la disponibilité du partenaire financier, la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), ainsi que sur des contraintes administratives répétées émanant des services compétents. Une situation qui, selon l’entreprise concernée, compromettrait la continuité contractuelle du projet. Ces différentes préoccupations posent la question de la gouvernance des marchés publics et du climat des affaires dans le secteur des travaux publics. Les entreprises appellent à davantage de transparence, à une clarification des responsabilités entre maître d’ouvrage et mission de contrôle, ainsi qu’au respect strict des délais contractuels.
Les acteurs de BTP appellent le gouvernement à renforcer le rôle de l’ARCOP dans l’exécution des marchés publics
Face aux retards de paiement et aux résiliations jugées abusives, des entreprises du secteur des travaux publics plaident pour une réforme du dispositif de régulation et de contrôle des marchés publics. Au Togo, le malaise persiste dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). Après avoir dénoncé des lenteurs administratives et des blocages dans l’exécution des contrats, plusieurs acteurs pointent désormais des cas concrets de projets confrontés à des retards de paiement, avec, selon eux, un risque accru de résiliation. Selon des responsables d’entreprises, plusieurs infrastructures feraient l’objet de retards significatifs dans le règlement des décomptes. Certains estiment que ces situations ne relèveraient pas uniquement de contraintes techniques ou budgétaires, mais pourraient s’inscrire dans une logique conduisant progressivement à la résiliation des contrats. Une perspective que les opérateurs jugent préjudiciable, tant pour les entreprises que pour la continuité des investissements publics.
Un rôle jugé limité de l’ARCOP
Au cœur des revendications figure le rôle de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP). Plusieurs acteurs du secteur considèrent que l’institution ne disposerait pas de prérogatives suffisantes pour assurer une médiation effective entre l’État et les entreprises en cas de litige. Ils plaident pour un renforcement de ses attributions, notamment en matière d’appréciation des procédures de résiliation de contrats en cours d’exécution. Selon eux, l’ARCOP devrait pouvoir intervenir en amont, avant toute décision définitive, afin d’évaluer la conformité des mesures envisagées et d’éviter les résiliations qu’ils qualifient d’abusives. Les responsables des BTP déplorent que la décision de résilier un marché repose principalement sur le maître d’ouvrage et la mission de contrôle, sans mécanisme externe systématique de vérification. Cette configuration serait, selon eux, source de déséquilibre dans la gestion des différends contractuels. Dans cette optique, certains proposent que l’ARCOP devienne un véritable garant du suivi et de l’exécution des marchés publics, avec un pouvoir élargi de contrôle et d’arbitrage.
Vers un nouvel organe de supervision ?
Au-delà du renforcement institutionnel de l’ARCOP, des professionnels suggèrent la création d’un organe de maîtrise d’ouvrage rattaché à la Présidence du Conseil. Cette structure aurait pour mission d’appuyer l’ARCOP dans la surveillance de l’exécution des marchés publics et d’assurer une meilleure traçabilité des décisions liées aux résiliations. Pour les acteurs du secteur, une telle réforme permettrait de restaurer la confiance, de sécuriser juridiquement les contrats et de limiter les interruptions de chantiers, souvent coûteuses pour l’État comme pour les entreprises. Dans un contexte où les infrastructures constituent un levier stratégique de développement, les professionnels du BTP estiment qu’un encadrement plus équilibré des procédures d’exécution et de résiliation des marchés publics demeure essentiel pour préserver la viabilité du tissu entrepreneurial national et garantir l’efficacité de la dépense publique.
Jojo

