Thumbnail 8
previous arrow
next arrow

Réunis à Tanger au Maroc, le 2 avril 2026, à l’occasion de la 58e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique (COM 2026), les décideurs du continent ont été invités à repenser en profondeur les leviers de la croissance africaine.

Placée sous le thème « La croissance par l’innovation : exploiter les données et les technologies de pointe pour la transformation économique de l’Afrique », cette rencontre se veut une plateforme stratégique pour définir de nouvelles approches de financement, renforcer la productivité et accélérer la transformation numérique du continent.

Les participants ont insisté sur la nécessité pour l’Afrique de ne plus rester en marge des mutations numériques, mais d’en devenir un acteur central. Cela passe par le développement de solutions technologiques adaptées aux réalités locales, la construction d’un marché unique numérique et une mobilisation accrue des ressources domestiques pour financer les projets technologiques.

Dans un message adressé aux participants, Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a alerté sur le retard du continent en matière de souveraineté numérique. Il a identifié trois principaux goulots d’étranglement : l’énergie, les infrastructures de transport et le financement. Plaidant pour des investissements massifs dans les données et les technologies, à l’image de pays comme la Chine, le Canada ou les États-Unis, il a appelé à promouvoir l’innovation numérique, développer des mécanismes d’arbitrage digital et renforcer la mobilisation des ressources internes. « Il faut innover et agir au-delà des contingences », a-t-il souligné, en référence à la vision portée par l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

De son côté, la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Dr Ngozi Okonjo-Iweala, a dressé un constat préoccupant des perturbations qui affectent le système économique et commercial mondial, avec des répercussions sur la pauvreté et le PIB global. Elle a toutefois souligné que l’Afrique, riche en ressources, dispose d’opportunités pour tirer parti de ces chocs en développant le numérique, en diversifiant ses économies et en attirant davantage d’investissements. Elle a notamment insisté sur la nécessité de construire des chaînes de valeur, de promouvoir l’économie verte et de réduire les coûts commerciaux et agricoles, supérieurs de plus de 20 % à ceux observés dans d’autres régions du monde.

Alors que des milliers de milliards de dollars sont investis dans les technologies de pointe à l’échelle mondiale, l’Afrique ne capte encore qu’une part limitée du marché des services numériques, estimée à 17 %. Pour Ngozi Okonjo-Iweala, combler cette fracture numérique est indispensable pour améliorer la compétitivité du continent, le commerce pouvant jouer un rôle clé dans l’élévation de ses performances économiques.

Les discussions ont également mis en avant trois principaux leviers de financement pour soutenir la croissance par l’innovation : l’investissement dans les infrastructures de connectivité et les systèmes numériques, le développement du capital humain à travers la formation et l’entrepreneuriat digital, ainsi que le renforcement de la gouvernance, notamment par des politiques de protection des données et des cadres réglementaires efficaces. Le renforcement des partenariats internationaux, à travers les transferts de technologies et de compétences, apparaît également comme un impératif pour réduire les fractures numériques.

Pour Claver Gatete, sous-secrétaire général des Nations unies et secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), les choix budgétaires doivent être alignés sur l’objectif d’amélioration de la productivité numérique. Il a notamment plaidé pour la mise en place de plateformes digitales, des investissements dans l’économie verte et une réflexion sur la création de valeur à partir des données. Il a également mis en garde contre une situation où les bénéfices des plateformes numériques ne profitent pas suffisamment aux populations, appelant à des systèmes de régulation adaptés.

Quatre priorités majeures ont été identifiées pour accompagner cette transformation : investir dans des infrastructures modernes et une connectivité robuste, renforcer le capital humain en adaptant les compétences aux besoins du marché, agir collectivement dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) pour élargir les marchés et stimuler l’innovation, et clarifier les mécanismes de financement en s’appuyant sur des instruments innovants afin de renforcer la résilience économique du continent.

Représentant le pays hôte, Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des Finances du Maroc, a appelé à la création d’un marché africain compétitif des innovations numériques et technologiques afin d’attirer davantage d’investisseurs. Elle a souligné l’importance de développer des infrastructures performantes, telles que les plateformes numériques, les réseaux à haut débit et les systèmes financiers adaptés, avec l’ambition de positionner le Maroc comme un hub régional de l’intelligence artificielle. Elle a également insisté sur la nécessité de mutualiser les efforts, notamment à travers des investissements dans la jeunesse, et de traduire les recommandations issues de la session en plans d’action concrets et réalisables.