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Le pape Léon XIV a nommé, le 9 mars 2026, l'économiste camerounaise Vera Songwe membre ordinaire de l'Académie pontificale des sciences sociales. Cette distinction vient consacrer plus de trois décennies d'une carrière marquée par des responsabilités au sein de grandes institutions financières et internationales.

Créée en 1994 par le pape Jean-Paul II, l'Académie pontificale des sciences sociales a pour mission d'éclairer la doctrine sociale de l'Église sur des enjeux majeurs tels que la justice sociale, la gouvernance économique, le développement humain ou encore les mutations du travail.

La nomination de Vera Songwe s'inscrit dans la volonté du Vatican de s'appuyer sur des expertises issues du terrain pour nourrir sa réflexion sur les déséquilibres économiques mondiaux, notamment ceux qui héritent des économies africaines.

Né le 31 août 1968 à Nairobi et de nationalité camerounaise, l'économiste appartient à une génération de technocrates africains formés dans les grandes universités occidentales avant de mettre leurs compétences au service du développement du continent.

Après des études au Our Lady of Lourdes College de Bamenda, elle obtient un doctorat en économie mathématique à l'Université catholique de Louvain en Belgique, puis complète sa formation à l'University of Michigan en économie et sciences politiques.

Le début de sa carrière professionnelle la conduit à la Federal Reserve Bank of Minneapolis, avant d'enseigner comme professeure invitée à l'University of Southern California.

En 1998, elle rejoint la Banque mondiale en tant que jeune économiste affecté à la région Asie-Pacifique. Au fil des années, elle y occupe plusieurs fonctions stratégiques, notamment comme conseillère de Ngozi Okonjo-Iweala, alors directrice générale de l'institution.

Elle dirige ensuite les opérations pour plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, avant de prendre la tête régionale de la Société Financière Internationale pour l'Afrique de l'Ouest et centrale.

Un tournant majeur est intervenu en août 2017 lorsqu'elle est nommée secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, avec le rang de sous-secrétaire général de l'ONU.

Durant son mandat, jusqu'en août 2022, elle se distingue notamment par son plaidoyer en faveur d'un accès équitable aux vaccins contre la COVID-19 pour les pays africains, au plus fort de la pandémie.

Depuis son départ de la Commission économique pour l'Afrique, Vera Songwe préside le conseil d'administration de la Liquidity and Sustainability Facility, une initiative visant à améliorer l'accès des pays africains au financement durable. Elle est également chercheuse associée à la Brookings Institution à Washington.

Elle copréside par ailleurs l'Independent High-Level Expert Group on Climate Finance, groupe chargé de réfléchir aux mécanismes internationaux de financement de la transition climatique, un enjeu central dans les négociations entre pays développés et pays en développement.

Une reconnaissance qui dépasse le symbole

L'Académie pontificale des sciences sociales ne se limite pas à un rôle honorifique. Ses membres participent à des colloques internationaux organisés par le Vatican et contribuent à l'élaboration d'analyses destinées à orienter les positions du Saint-Siège sur les grandes questions économiques et sociales.

En intégrant Vera Songwe, l'institution souligne sa volonté de donner davantage de place aux voix des économies émergentes, en particulier africaines, dans ses réflexions.

Classée en 2013 par Forbes parmi les vingt jeunes femmes les plus puissantes d'Afrique, l'économiste camerounaise voit ainsi son influence reconnue au plus haut niveau. Une trajectoire qui illustre la montée en puissance d'une nouvelle génération d'économistes africains appelés à peser sur les équilibres économiques mondiaux.