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Réunis à Tanger ce 2 avril 2026 dans le cadre de la 58e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique, les décideurs du continent ont été invités à repenser en profondeur les moteurs de la croissance africaine.

Dans une déclaration marquante, Claver Gatete, Sous-Secrétaire général des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a plaidé pour une transformation économique portée par l’innovation, les données et les technologies de pointe.

Dans un contexte mondial jugé « particulièrement préoccupant », marqué notamment par les tensions au Moyen-Orient et leurs répercussions sur les marchés énergétiques et les chaînes commerciales, le responsable onusien a alerté sur la vulnérabilité persistante des économies africaines. Hausse des prix de l’énergie, resserrement des conditions financières et perturbations logistiques mettent à rude épreuve des marges budgétaires déjà limitées.

Malgré ces turbulences, des opportunités émergent. Le continent se repositionne progressivement comme un corridor logistique stratégique, avec une intensification du trafic dans plusieurs ports africains et le rôle croissant d’acteurs comme Ethiopian Airlines, désormais pivot des liaisons entre l’Asie et l’Europe. Certains pays, à l’image du Nigeria, bénéficient également de recettes pétrolières en hausse.

Pour Claver Gatete, une réalité s’impose : seuls les pays capables de transformer l’innovation en gains de productivité, en compétitivité et en richesse durable tireront leur épingle du jeu dans cette nouvelle configuration mondiale.

Avec une croissance attendue autour de 4 % en 2026, les perspectives africaines demeurent encourageantes. Mais cette dynamique reste insuffisante. « Une croissance sans transformation est une croissance sans élan », a-t-il martelé, soulignant que les économies africaines peinent encore à générer des changements structurels profonds, des emplois massifs et une meilleure captation de la valeur.

Le défi est donc autant macroéconomique que technologique. Les politiques budgétaires, les stratégies d’endettement et les priorités d’investissement doivent être réalignées pour soutenir une transformation durable. Dans de nombreux pays, le poids de la dette et le coût élevé du capital freinent encore les investissements structurants.

Au-delà de l’accès à la technologie, Gatete insiste sur la nécessité d’en assurer une diffusion effective dans les secteurs productifs. Plusieurs pays africains affichent déjà des avancées notables : essor des fintechs en Afrique de l’Est et de l’Ouest, innovations agricoles au Botswana, ou encore investissements dans les énergies renouvelables en Afrique australe et en Afrique du Nord.

Mais ces progrès restent inégaux. Le risque de marginalisation numérique et de creusement des écarts de productivité demeure réel. Surtout, une grande partie de la valeur générée par les données africaines continue d’être captée à l’extérieur du continent.

D’où l’urgence, selon lui, de mettre en place des cadres de gouvernance des données, des régulations adaptées et des mécanismes de fiscalité numérique permettant à l’Afrique de conserver les bénéfices de son économie numérique.

Pour accélérer cette mutation, le Secrétaire exécutif de la CEA a décliné quatre axes prioritaires : Renforcer les infrastructures : énergie fiable, connectivité numérique et systèmes de données robustes constituent les fondements d’une économie moderne; Investir dans le capital humain : adapter les systèmes éducatifs aux exigences d’une économie technologique afin de faire de la jeunesse africaine un moteur de l’innovation; Accélérer l’intégration régionale : la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine est essentielle pour élargir les marchés et favoriser la diffusion des innovations; Mobiliser des financements à grande échelle : recours à des instruments innovants, renforcement des ressources domestiques et réduction du coût du capital sont indispensables pour soutenir la transformation.

Un tournant décisif pour le continent

En conclusion, Claver Gatete a mis en garde : les choix actuels détermineront la capacité du continent à bâtir des économies résilientes, créatrices d’emplois et compétitives à l’échelle mondiale. Ils conditionneront également la transformation du dividende démographique africain en véritable levier de développement.

Face à l’ampleur des défis, il appelle à une action rapide et coordonnée. « Le moment n’est pas aux ajustements progressifs, mais à une transformation à grande échelle », a-t-il insisté, réaffirmant l’engagement de la CEA à accompagner les États africains dans cette trajectoire.