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Alors que les tensions militaires s'intensifient au Moyen-Orient, les inquiétudes grandissent quant aux conséquences économiques d'une escalade du conflit. Les analystes redoutent notamment des perturbations majeures du commerce mondial, avec un possible blocage des chaînes logistiques et de distribution.

Au centre des préoccupations figure le détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique dépendant du Golfe persique à l'océan Indien. Cette voie de navigation étroite concentre une partie essentielle du commerce énergétique mondial. Chaque jour, entre 16,5 et 20 millions de barils de pétrole y transitent, soit environ 20 % de la consommation mondiale, ainsi que près de 18 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié. En moyenne, près de 3 000 navires y passent chaque mois.

La perspective d'un blocage du détroit par l'Iran ravive donc les craintes sur les marchés de l'énergie. Une telle situation pourrait allonger les délais de livraison du fret maritime, perturber les échanges commerciaux et renchérir les coûts d'importation pour de nombreux pays.

Pour l'économiste sénégalais Mor Gassama, les premiers effets du conflit se font déjà sentir sur les marchés internationaux. « Avec le conflit au Moyen-Orient, le prix du baril va exploser. Rien que ces deux premiers jours, il y a une hausse de 13 %. On observe également une chute généralisée des cours boursiers », alerte-t-il.

Selon lui, la fermeture du détroit d'Ormuz obligerait les navires à emprunter des itinéraires beaucoup plus longs. « Environ 20 % du pétrole mondial transite par ce passage maritime. Si les pétroliers doivent faire un grand détour, cela renchérira automatiquement les coûts logistiques », explique-t-il.

À ces surcoûts pourraient s'ajouter une hausse des primes d'assurance maritime dans un contexte de risque accumulé pour les navires. « Le niveau de risque devient plus important, et les assureurs pourraient revoir leurs tarifs à la hausse. Un pétrole aurait même été touché récemment par des missiles iraniens », souligne l'économiste.

Mor Gassama met également en garde contre une prolongation du conflit. « Les États-Unis pensaient initialement mener une guerre éclair en quelques jours. Aujourd'hui, on parle plutôt de deux à trois semaines. Mais un enlisement n'est pas à exclure, ce qui serait catastrophique pour l'économie mondiale », estime-t-il.

Selon lui, une flambée durable des prix du pétrole pourrait entraîner une hausse généralisée des prix. « Si le pétrole augmente, tous les produits dérivés suivront la même tendance, ce qui alimentera l'inflation à l'échelle mondiale », prévient-il.

Le simple risque de blocage du détroit d'Ormuz a déjà ajouté un premier de risque estimé entre 10 et 20 dollars par baril sur les marchés pétroliers. Si la circulation venait à être interrompue, même temporairement, certains analystes estiment que les cours pourraient grimper entre 120 et 150 dollars le baril, voire atteindre 200 dollars selon certaines déclarations de responsables iraniens.

Sur le plan militaire, l'Iran a développé une stratégie dite de « déni d'accès » destinée à perturber le trafic maritime dans le Golfe. Le pays disposerait d'environ 5 000 mines navales susceptibles d'être déployées dans les chenaux du détroit, ce qui pourrait immobiliser la navigation commerciale.

Téhéran possède également des missiles antinavires et des missiles balistiques capables d'atteindre des cibles jusqu'à 300 kilomètres de distance, ainsi que des drones armés utilisés pour la reconnaissance et l'attaque. Les Gardiens de la révolution pourraient également utiliser des tactiques d'essai, impliquant des vedettes rapides équipées de missiles et de roquettes destinées à saturer les défenses adverses.

La présence de sous-marins dans les eaux peu profondes du Golfe rend également plus difficile la détection des menaces.

Face aux risques croissants dans la zone, plusieurs grandes compagnies maritimes ont commencé à prendre des mesures de précaution. Après le signalement d'attaques visant des navires, certains grands armateurs, dont CMA CGM et MSC, ont décidé de suspendre temporairement leurs passages dans cette zone stratégique.

Une déclaration officielle de blocus par l'Iran ferait toutefois basculer la situation dans une toute autre dimension. La réouverture d'un détroit miné serait une opération longue, complexe et risquée, susceptible de paralyser durablement une partie du commerce maritime mondial.

Les répercussions du conflit pourraient également se faire sentir en Afrique. Le Kenya est déjà averti que l'instabilité au Moyen-Orient pourrait perturber plusieurs de ses exportations clés, notamment le thé, le café, les fleurs, la viande et les légumes, fortement dépendants des marchés et des routes commerciales de la région.

La Tanzanie et le Kenya, qui entretiennent des relations commerciales étroites avec les États du Golfe, craignent également que des perturbations prolongées des voies maritimes n'affectent leurs recettes d'exportation.