Alors que les salves de missiles se multiplient entre Téhéran, Tel-Aviv et d'autres grandes villes de la région, le Moyen-Orient s'enfonce dans une escalade militaire après des frappes conjointes des États-Unis et d'Israël contre l'Iran. Face à cette montée des tensions, plusieurs dirigeants et organisations africaines appellent à la retenue et à la désescalade.
Dans un contexte international marqué par la crainte d'un embrasement régional, l'Union africaine (UA) et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont exprimé leur vive inquiétude quant aux répercussions potentielles du conflit.
Dans un communiqué publié le 28 février, le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a fait partie de sa « profonde souffrance » après les frappes menées par les États-Unis en coordination avec Israël contre des cibles en Iran, estimant qu'elles constituent « une grave intensification des hostilités » dans la région.
Le responsable africain a appelé les différentes parties à « la retenue, à une désescalade urgente et à un dialogue soutenu », rappelant que le respect du droit international et de la Charte des Nations unes demeure essentielle pour préserver la paix et la sécurité internationales.
Au-delà de la dimension sécuritaire, l’Union africaine se met également en garde contre les conséquences économiques d’un conflit prolongé. Une aggravation des tensions pourrait déstabiliser davantage l'économie mondiale, perturber les marchés de l'énergie et fragiliser la sécurité alimentaire, avec des effets particulièrement sensibles pour l'Afrique, déjà confrontée à de fortes pressions économiques et sécuritaires.
« La paix durable ne peut être atteinte que par la diplomatie et non par la force », a insisté Mahmoud Ali Youssouf.
La CEDEAO adopte un ton similaire. S’exprimant au nom de l’organisation, son président en exercice, le chef de l’État sierra-léonais Julius Maada Bio, a averti que l’intensification des opérations militaires pourrait accentuer l’instabilité internationale et perturber les chaînes d’approvisionnement, notamment alimentaires, avec des conséquences importantes pour l’Afrique et les régions les plus vulnérables.
L’organisation sous-régionale a ainsi exhorté « toutes les parties à faire preuve d’une retenue maximale » et à agir dans le respect de la Charte des Nations unies, notamment les principes de souveraineté des États, d’intégrité territoriale et de règlement pacifique des différends.
La première réaction officielle est venue de Ndjamena. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby a exprimé sa « vive émotion » face aux frappes aériennes visant l’Iran.
« En ce mois béni de Ramadan, temps de dévotion, de paix et de recueillement pour l’ensemble de la Oummah islamique, c’est avec une profonde préoccupation que nous suivons les épreuves imposées au peuple iranien », a-t-il déclaré.
Le dirigeant tchadien a également adressé ses condoléances au gouvernement et au peuple iraniens après l’annonce du décès du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.
À Dakar, le gouvernement sénégalais a lui aussi exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’escalade des tensions. Dans un communiqué publié le 28 février, il a souligné que les récents développements militaires font peser « de graves risques sur la paix et la stabilité régionales ».
Le Sénégal a condamné l’usage de la force « quel qu’en soit le prétexte », appelant à un cessez-le-feu immédiat et à la protection des civils ainsi que des infrastructures critiques.
L’Afrique du Sud a également réagi par la voix du président Cyril Ramaphosa. Dans un communiqué, Pretoria a appelé toutes les parties à agir conformément au droit international et au droit international humanitaire.
Le chef de l’État sud-africain a rappelé que la légitime défense, prévue par l’article 51 de la Charte des Nations unies, ne peut être invoquée qu’en cas d’invasion armée, soulignant que la « légitime défense préventive » n’est pas reconnue par le droit international.
« L’expérience a montré qu’il ne peut y avoir de solution militaire à des problèmes fondamentalement politiques », a-t-il déclaré, estimant que seule la voie diplomatique peut conduire à une paix durable.
Face à la dégradation de la situation sécuritaire, plusieurs pays africains ont pris des mesures pour protéger leurs ressortissants.
L’Ouganda a recommandé à ses citoyens présents en Iran de quitter le pays « par tous les moyens possibles » et a décidé de rapatrier le personnel non essentiel de son ambassade à Téhéran.
La Tanzanie, de son côté, a indiqué suivre de près l’évolution de la situation et a appelé ses ressortissants dans les zones concernées à faire preuve de vigilance.
Au Nigeria, les autorités ont suspendu tous les pèlerinages vers Israël, y compris ceux organisés par des agences privées, jusqu'au nouvel ordre.
Le Ghana a également annoncé la fermeture temporaire de son ambassade à Téhéran. Selon le ministre des Affaires étrangères, Samuel Ablakwa, cette décision vise à garantir la sécurité du personnel diplomatique.
Ces différentes mesures illustrent la priorité accordée par les États africains à la protection de leurs citoyens dans un contexte international marqué par de fortes tensions et une incertitude croissante.

