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L’éventuelle candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies suscite un vif débat au Sénégal. La question centrale reste entière : l’État du Sénégal apportera-t-il son soutien officiel ?

Le sujet aurait été évoqué lors d’un entretien entre le président Bassirou Diomaye Faye et son homologue congolais Denis Sassou N’Guesso. Macky Sall, qui a dirigé l’Union africaine entre 2022 et 2023, a exprimé sa volonté de contribuer au « redressement » de l’ONU.

La désignation du Secrétaire général de l’ONU repose sur une recommandation du Conseil de sécurité, dont les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto, suivie d’une validation par l’Assemblée générale.

Pour une candidature africaine, le consensus de l’Union africaine est déterminant. Avec 54 voix à l’Assemblée générale, le bloc africain représente un levier stratégique. L’UA impose désormais aux candidats une déclaration de vision et des auditions publiques.

Durant son mandat à la tête de l’UA, Macky Sall s’était notamment illustré par son plaidoyer en faveur de l’intégration de l’organisation au G20 et pour une réforme du Conseil de sécurité.

Au plan national, la perspective d’un soutien officiel divise profondément. Le député Guy Marius Sagna s’oppose catégoriquement à toute caution de l’État sénégalais. Il estime qu’un tel appui constituerait une trahison envers les victimes des violences politiques survenues sous le régime de Macky Sall.

Même position du côté de Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal. Il avertit le président Diomaye Faye qu’un soutien à cette candidature reviendrait, selon lui, à ignorer les exigences de justice pour les Sénégalais tués lors des crises politiques récentes.

À la présidence, le conseiller Bentaleb Sow relativise ces réactions, évoquant des « spéculations inutiles » et affirmant qu’aucune décision n’a été prise.

À rebours de ces critiques, l’ancien ministre d’État Babacar Gaye défend une lecture institutionnelle du processus. Selon lui, nul ne peut briguer seul le poste de Secrétaire général : seules les dynamiques diplomatiques entre États, et surtout l’aval des membres permanents du Conseil de sécurité parmi lesquels Emmanuel Macron et Donald Trump déterminent l’issue.

Babacar Gaye juge excessif de transformer ce débat en « test moral », estimant que la diplomatie d’État doit relever d’une analyse stratégique et non d’une pression militante.

Au-delà des positions partisanes, le débat met en tension deux logiques : l’exigence de justice et de mémoire pour les victimes des crises politiques récentes, et la realpolitik inhérente aux grandes nominations internationales.

Si la candidature de Macky Sall devait être officiellement portée, elle dépendrait d’un alignement diplomatique complexe, au sein du bloc africain comme au Conseil de sécurité. En attendant, la controverse révèle les fractures persistantes de la scène politique sénégalaise et la sensibilité des enjeux liés à la représentation du pays sur la scène internationale.