Le différend relatif à la délimitation de la frontière maritime entre le Togo et le Ghana franchit un nouveau cap. Le 20 février 2026, les autorités togolaises ont été officiellement notifiées par Accra de sa décision d'engager une procédure d'arbitrage international, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM).
Face à la presse, le 27 février, le ministre de l'Administration territoriale, de la gouvernance locale et des affaires coutumières, le colonel Hodabalo Awaté, entouré du négociateur en chef Noupokou Dammipi et du président de la Commission nationale des frontières maritimes, le colonel Takougnadi Nèyo, a exposé la position de Lomé.
Au cœur de la controverse : la méthode de délimitation fondée sur des calculs géométriques, telle que prévue par la CNUDM. Si cette approche constitue le point de départ classique des tracés maritimes, les autorités togolaises estiment que son application mécanique entraîne un déséquilibre.
« Le calcul technique ne permettait pas au Togo d'avoir un accès équitable à la haute mer », a affirmé Noupokou Dammipi. Selon Lomé, la ligne provisoire réduirait la projection maritime du pays, avec des conséquences potentielles sur la navigation, la pêche industrielle et l'exploitation des ressources sous-marines.
Le principal point d'achoppement porte ainsi sur l'interprétation du principe d'équité. Pour le Togo, la frontière ne pourra résulter d'un simple tracé mathématique. Elle doit intégrer les réalités géographiques, économiques et historiques. La jurisprudence internationale admet d'ailleurs des ajustements lorsque l'application stricte d'une méthode géométrique conduit à une situation inéquitable. C'est précisément sur ces ajustements que les discussions ont buté.
Autre sujet de désaccord, Lomé fait valoir l'existence d'une zone maritime traditionnellement utilisée comme aire d'attente pour les navires avant leur entrée au Port autonome de Lomé . Pour les autorités togolaises, cette pratique ancienne constitue un fait pertinent devant être pris en compte dans la délimitation.
« Notre utilisation historique de cette zone maritime doit être reconnue », a insisté le négociateur en chef.
De son côté, Accra privilégierait une lecture plus strictement technique, limitant la portée juridique de ces usages dans le tracé final. Cette divergence cristallise une partie importante du différend.
En arrière-plan, la question des ressources pétrolières et gazières renforce la sensibilité du dossier. La délimitation définitive déterminea les droits souverains relatifs à l'exploration et à l'exploitation d'éventuels hydrocarbures offshore, avec des implications économiques majeures.
Entre 2018 et décembre 2023, onze réunions bilatérales se tiennent alternativement à Lomé et à Accra. Si certains points de convergence ont été enregistrés, trois désaccords structurants persistants : l'ajustement de la ligne technique au nom de l'équité ; la prise en compte des usages historiques ; l'étendue exacte de l'accès togolais à la haute mer.
À défaut de compromis, le Ghana a opté pour un règlement juridictionnel, marquant une inflexion dans la gestion d'un dossier jusque-là traité dans un cadre exclusivement bilatéral.
Les tensions trouvent leur origine dans plusieurs incidents maritimes survenus entre novembre 2016 et mai 2018 dans une zone non délimitée. Ces événements ont mis en évidence la nécessité d'un tracé consensuel.
Dès juin 2018, Lomé et Accra avaient engagé des négociations techniques par l'intermédiaire de leurs commissions nationales des frontières maritimes. Réunis en août 2019 à Accra pour leur cinquième session plénière, les deux États s'étaient engagés à préserver un climat de confiance et à s'abstenir de toute action susceptible de nuire à leurs relations.
Malgré les divergences, les autorités togolaises excluent toute escalade militaire. « Il n'y a jamais eu de tir, jamais eu d'affrontement (…) Chacun pense être sur son territoire, et c'est là que naît la tension », a précisé le colonel Takougnadi Nèyo. Les incidents évoqués relèveraient ainsi de chevauchements de perception dans une zone juridiquement indéterminée.
Pour Lomé, la bataille se jouera désormais sur le terrain du droit international. Le gouvernement togolais prend acte de la décision ghanéenne et réaffirme son attachement au règlement pacifique des différends, au respect du droit international et au principe de bon voisinage.
« Nous défendrons les intérêts du Togo dans la sérénité et le respect du droit », a assuré le ministre Awaté, se disant confiant dans la solidité du dossier togolais.
En attendant la décision de la juridiction internationale une procédure qui pourrait s'étendre sur plusieurs années le différend entre le Togo et le Ghana demeure avant tout un affrontement d'interprétations juridiques autour du principe d'équité consacré par la CNUDM.

