
Suspendu après des dérives techniques et budgétaires, le chantier du petit marché d’Agbonou amorce une nouvelle phase. À Atakpamé, autorités communales et partenaire financier optent pour une reprise méthodique, faisant de ce projet un cas d’école en matière de gestion des investissements locaux.
Le chantier du marché d’Agbonou n’est plus seulement un projet d’infrastructure : il est devenu un révélateur des exigences qui accompagnent aujourd’hui la décentralisation au Togo. Ce jeudi, le maire de la commune Ogou 1 et ses adjoints ont tenu une séance de travail sur le site avec une délégation de la KfW, partenaire technique et financier du projet, dans le cadre du Programme d’Appui à la Décentralisation (PAD).
Cette rencontre, organisée directement sur le terrain à Atakpamé, avait pour objectif principal l’examen d’un nouveau plan architectural, préalable à toute reprise effective des travaux, interrompus depuis plusieurs mois.
Lancé avec l’ambition de doter le quartier d’Agbonou d’un marché moderne, le projet a été confronté à des difficultés techniques majeures. Le plan initial s’est révélé inadapté aux contraintes du site, obligeant l’entreprise attributaire à proposer d’importantes modifications en cours d’exécution.
Ces ajustements ont entraîné des avenants financiers dépassant 25 % du coût initial du marché. Une situation incompatible avec les procédures du bailleur, qui a exigé la suspension du chantier afin de préserver la transparence, la maîtrise des coûts et la crédibilité du projet.
Pour sortir durablement de l’impasse, la KfW a mandaté un nouvel architecte chargé d’un double mandat : revoir l’ensemble des études techniques et assurer le contrôle strict du chantier. L’objectif est d’éviter toute dérive future, en garantissant un projet techniquement fiable, financièrement soutenable et conforme aux normes.
Le nouveau plan a été présenté aux autorités communales, qui ont procédé à une validation politique de principe, assortie de recommandations précises. Ces observations devront être intégrées afin de produire un dossier consolidé, prêt à être soumis à l’approbation finale.
Le calendrier fixé est contraignant. Le dossier finalisé devra être transmis au plus tard le 27 février pour validation par la KfW. Ce feu vert conditionnera la relance officielle des travaux et la mobilisation des ressources nécessaires.
Au-delà de l’ouvrage lui-même, le marché d’Agbonou représente un enjeu économique et social majeur pour la commune Ogou 1. Il vise à structurer le commerce de proximité, à offrir de meilleures conditions de travail aux commerçants – en grande majorité des femmes – et à renforcer l’attractivité économique du quartier.
Mais le projet est aussi un signal fort. Il démontre que la décentralisation ne se limite pas au transfert de compétences, mais implique une obligation de résultats, de rigueur et de responsabilité dans la gestion des projets publics.
Si la validation du nouveau plan intervient dans les délais, le marché d’Agbonou pourrait bientôt renaître sur des bases assainies. Une reprise attendue, non comme un simple redémarrage de chantier, mais comme l’illustration concrète d’une gouvernance locale plus exigeante et plus crédible à Atakpamé.
Jean-Marc EDRON

