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Malgré des investissements importants et l'appui de partenaires internationaux, les Projets Eau et Assainissement au Togo (PEAT 1 et 2) peinent à atteindre pleinement leurs objectifs. En cause : des insuffisances techniques récurrentes des entreprises adjudicataires, ayant entraîné des retards, des résiliations de contrats et des réajustements stratégiques.

 

Au Togo, l'accès universel à l'eau potable et à un assainissement décent d'ici 2030 constitue une priorité des pouvoirs publics. Soutenus par l'Union européenne, les Projets Eau et Assainissement au Togo (PEAT 1 et 2), lancés respectivement en 2015 et 2017, couvrent plusieurs villes stratégiques, notamment Lomé, Tsévié, Atakpamé, Sokodé, Kara et Dapaong.

Ces programmes visent la modernisation des infrastructures hydrauliques et l'amélioration des services d'assainissement. Toutefois, leur mise en œuvre révèle des difficultés structurelles qui freinent leur efficacité.

Dès le lancement du PEAT 1, des insuffisances apparaissent dans la qualité des études techniques et le respect des délais contractuels. En 2018, le contrat du cabinet international chargé de l'assistance technique est résilié pour manquements, marquant le début d'une instabilité prolongée.

Plusieurs bureaux de contrôle se succèdent par la suite, sans parvenir à assurer une exécution optimale des missions. Cette fragilité a eu des répercussions directes sur l'avancement des travaux.

À Atakpamé, le projet d'alimentation en eau potable, évalué initialement à plus de 3,5 milliards de FCFA, illustre les difficultés rencontrées. Trois entreprises se sont succédé avant que le groupe SOGEA SATOM n'achève finalement les travaux en 2024. Si les infrastructures sont aujourd'hui opérationnelles, des ajustements techniques restent nécessaires pour améliorer le débit.

À Dapaong, la réhabilitation du barrage de Dalwak et de sa station de traitement a également révélé des malfaçons, détectées lors d'un audit en 2021. Bien que fonctionnelles, les installations produisent une quantité d'eau insuffisante, une situation exacerbée par les effets du changement climatique. Les autorités envisagent désormais un renforcement des capacités, notamment par le dédoublement de la station.

À Tsévié, les difficultés ont été particulièrement critiques. Des erreurs techniques dans la construction d'un château d'eau ont entraîné l'arrêt du chantier et la défaillance du groupement initial. Le projet a dû être réorienté vers des solutions alternatives, incluant un nouveau fourrage et une unité de traitement.

À Sokodé, les infrastructures sont en phase de réception définitive, après plusieurs années consacrées à la levée de réserves techniques. À Kara, les travaux ont permis d'augmenter les capacités de production et de distribution d'eau, même si des améliorations restent nécessaires pour accompagner la croissance démographique.

En parallèle, le volet assainissement des PEAT a enregistré des avancées significatives. Plusieurs infrastructures ont été réalisées : latrines familiales, centres de transfert des déchets, décharges contrôlées et stations de traitement des boues de vidange.

Des équipements ont également été fournis aux communes pour améliorer la gestion des déchets solides et liquides, contribuant à l'assainissement du cadre de vie.

L'un des principaux enseignements des PEAT réside dans les limites techniques de certaines entreprises, notamment locales, dans l'exécution des marchés publics. Des cas d'informations inexactes dans les dossiers de soumission ont été relevés, incluant des références fictives ou des équipements inexistants.

Ces pratiques ont compromis la capacité de certaines entreprises à honorer leurs engagements contractuels, entraînant des sanctions de la part des organes de régulation.

Les autorités togolaises s'écartent toutefois de toute généralisation des faits de corruption, mettant en avant une volonté de préserver la qualité des ouvrages. Les résiliations de contrats et réattributions de marchés s'inscrivent, selon elles, dans une logique de rigueur.

En février2026, une rencontre avec les acteurs du secteur des BTP a permis d'identifier les causes des dysfonctionnements. Parmi les solutions envisagées figurent le renforcement des contrôles en amont, une vérification plus stricte des références techniques et un suivi accumulé des chantiers par des entités indépendantes.

Malgré les difficultés, les PEAT restent un levier essentiel de la politique publique en matière d'infrastructures sociales au Togo. Ils traduisent une ambition forte d'amélioration des conditions de vie, dans un contexte de pression démographique et de contraintes climatiques.

Désormais, l’enjeu dépasse la mobilisation des financements. Il s'agit de garantir la qualité, la fiabilité et la durabilité des ouvrages, à travers une montée en compétence des entreprises, un encadrement rigoureux des marchés publics et une gouvernance renforcée des projets structurants.